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Repères

L’investissement responsable s’est construit progressivement, depuis les premières exclusions morales du XVIIIᵉ siècle jusqu’aux cadres internationaux et réglementaires d’aujourd’hui. Huit dates clés retracent cette évolution, entre engagement éthique, prise de conscience environnementale et volonté de transparence pour orienter l’épargne vers un impact réel.

La grande histoire de l'investissement responsable en huit dates

Du XVIIIᵉ au XIXᵉ siècle

Les origines morales : l'idée que l'argent doit servir des valeurs n'est pas neuve. Chez les quakers et les méthodistes (courants du protestantisme), on initie une démarche de cohérence : l'épargne ne doit pas soutenir des activités jugées contraires à l'éthique, comme la traite des esclaves ou les jeux d'argent.

1928

L'émergence des premiers filtres éthiques : aux États-Unis, le Pioneer Fund marque une étape importante. Dans le contexte de la Prohibition, ce fonds décide d'écarter de ses investissements les industries liées à l'alcool et au tabac. Pour la première fois, un produit financier structure officiellement ses choix en fonction de critères extra-financiers.

1971

Investir pour la paix : dans un contexte géopolitique marqué par la guerre du Vietnam, la volonté de ne pas financer l'industrie de l'armement donne naissance au fonds Pax World. L'investissement devient un moyen positif de soutenir la paix, montrant que l'épargne peut refléter les convictions personnelles des investisseurs.

1983

L’éveil de l’investisseur responsable en France : c'est une date clé pour l'Hexagone : sœur Nicole Reille crée l'association Éthique et Investissement et lance le fonds Nouvelle Stratégie 50 (toujours actif) pour financer notamment les retraites des sœurs tout en respectant l'humain. Cette initiative pose ainsi les premières pierres de l'ISR à la française.

2006

La reconnaissance internationale par l'ONU : sous l'impulsion de Kofi Annan, l'ONU lance les Principes pour l’Investissement responsable (PRI). C'est un tournant historique : les plus grands investisseurs institutionnels du monde s'engagent volontairement à intégrer les enjeux environnementaux et sociaux. L'ISR n'est plus une niche : il devient une référence mondiale. Cette dynamique s'accélère en 2014 avec le Montréal Carbon Pledge.

2015

Une feuille de route universelle pour la planète : après le Protocole de Kyoto en 1997, l'adoption des Objectifs de développement durable (ODD) par l'ONU et la signature de l'Accord de Paris montrent que les États et les acteurs financiers sont appelés à soutenir la transition. Il est désormais acté que les flux financiers doivent soutenir la transition énergétique et un développement plus solidaire. L'investissement responsable devient un outil central pour répondre aux défis globaux.

2018–2021

Vers plus de transparence et de confiance en Europe : pour guider les épargnants et éviter les confusions, l'Union européenne met en place un cadre réglementaire précis, avec le règlement SFDR et la taxonomie européenne. L'objectif est clair : définir un langage commun pour ce qui est «durable» et imposer davantage de transparence aux acteurs financiers sur leurs pratiques.

2024

Un label ISR plus exigeant pour l’épargnant : le label ISR, label public français créé en 2016 pour aider le grand public à repérer les fonds vertueux, se renforce. Sa nouvelle version exclut notamment les entreprises développant de nouveaux projets d'exploration, d'exploitation ou de raffinage d'hydrocarbures et demande des preuves d'impact plus concrètes. C'est un repère supplémentaire pour renforcer la crédibilité et l'exigence de l'épargne responsable. Cette exigence de transparence concerne aussi les acteurs de l’épargne retraite, qui doivent expliquer clairement la manière dont ils intègrent les critères ESG dans leurs choix d’investissement.